Rencontre
Steven Hameeuw, directeur général de l’hôtel Villa M : « Le courage et la passion du métier chevillés au cœur »

Originaire d’Anvers en Belgique, Steven Hameeuw s’est construit un parcours hors norme qui l’a conduit à travailler sur plusieurs continents et à prendre la direction de projets majeurs en France et à l’étranger. Après avoir démarré sa carrière au groupe Accor et être passé par le Club Med, il participe à de grands projets en Afrique où il vivra des moments dignes d’un film d’aventures, notamment lors du coup d’Etat de 2013 en République Centrafricaine. Rencontre avec un homme atypique, aventurier et passionné, toujours prêt à relever de nouveaux défis, et dont le courage et l’envergure lui ont valu d’être nommé Chevalier de la Légion d’Honneur.
-Comment vous est venue la passion de l’hôtellerie ?
Je suis issu d’une famille de médecins et pharmaciens, et je me suis d’abord lancé dans cette voie avant de me rendre compte que cela ne me plaisait pas. Dans mon enfance, j’ai beaucoup voyagé avec mes parents et séjourné dans de nombreux hôtels et j’ai aimé très tôt l’univers de l’hôtellerie. Après avoir obtenu un master en marketing, c’est tout naturellement que je suis entré à l’école hôtelière de Bruxelles et que j’ai obtenu par la suite un MBA en Hospitality Management à l’ESSEC – Cornell Univertsity de Newark. Une fois mes diplômes en poche, j’ai intégré tout de suite le groupe Accor, dans le service Sales sur le Benelux. Mais je caressais le rêve d’être directeur d’hôtel. Dans le cadre d’une formation poly-compétences chez Accor, j’ai exercé durant 6 mois tous les métiers de l’hôtellerie, de bagagiste à réceptionniste, en passant par la restauration. Cela m’a permis d’acquérir une solide expertise des différents services et de comprendre comment fonctionnent les équipes. De là, j’ai été appelé au Mercure de Courchevel et suis devenu à 24 ans, le plus jeune directeur de la restauration des hôtels Mercure.
-Par la suite, vous avez été remarqué et pressenti pour encadrer des missions et des projets spéciaux ?
Oui, j’ai participé à plusieurs ouvertures d’hôtels Accor comme le Sofitel Flic en Flac à Ile Maurice. On m’a demandé aussi d’accompagner des personnalités dans un Task Force comme les Présidents Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy au Sofitel Aswan Old Cataract & Sofitel Winter Palace Luxor en Egypte. Puis, le groupe Accor s’est lancé dans le loisir en signant une joint-venture avec la marque phare Club Med pour trois ans. On m’a demandé alors de participer à cette joint-venture. Je suis parti au Club Med Dakar, Peisey Vallandry & Palmiye en Turquie pendant trois ans. C’est à cette époque que le Club Med a souhaité monter en gamme avec une vision beaucoup plus professionnelle sur les services et j’ai contribué à atteindre ces objectifs. En tout, j’ai passé treize ans chez Accor puis trois ans au Club Med avant qu’un nouveau challenge se présente à moi avec le tour-opérateur TUI qui souhaitait créer un petit groupe hôtelier dans les Alpes. Je suis resté au groupe TUI jusqu’en 2008 pour piloter les exploitations des hôtels Hôtel des Neiges, New Solarium et Les 3 Vallées, date à laquelle j’ai été approché par un chasseur de tête pour un projet hôtelier exceptionnel en Afrique.

-En quoi consistait ce projet d’envergure ?
Il s’agissait d’intégrer le siège à Tunis d’un groupe hôtelier, LAACO (Lybian Arab African Investment Company), dont les propriétaires étaient le Général Kadhafi et son fils. L’objectif était de créer un groupe pour 159 hôtels sous différentes enseignes (Kempinsky, Mercure, Novotel, Hilton, Regency, Golden Tulip…) sur le continent africain sous l’enseigne Ledger Hôtels & Resorts. L’idée était d’exploiter les établissements avec une vision centralisée au siège à Tunis. Un défi énorme qui nécessitait notamment d’instaurer à chaque fois une nouvelle culture d’entreprise et de faire le rebranding, Très vite, on m’a proposé de piloter un grand projet 5 étoiles sur 20 hectares à Bangui en République Centrafricaine. C’était le dernier projet de Kadhafi : un resort avec plusieurs restaurants, tennis, piscine, spa, discothèque, centre de congrès…A la chute de Kadhafi, on a continué à travailler en contact avec les autorités mais c’était compliqué sur le plan des finances. Les Nations Unies avaient black listé toutes les personnes qui travaillaient de près ou de loin – direct & indirect avec Kadhafi et je faisais partie de ce listing : mes comptes étaient bloqués. Puis un jour à Kigali – Rwanda, des soldats armés et des représentants de Paul Kagamé, le Président de Rwanda, se sont présentés à l’hôtel pour que je réalise une passation avec celle qui avait été choisie par l’Etat de RDB comme nouvelle directrice. Cependant, les projets hôteliers devaient continuer et je suis parti en Chine, accompagné d’un représentant de l’Etat libyen, avec des valises remplies de cash, pour acheter tout le matériel et l’équipement FF&E nécessaires pour l’ouverture de l’hôtel de Bangui et autres hôtels Laaico. L’ouverture de l’hôtel de Bangui s’est finalement bien passée, dans une bonne entente avec le pouvoir…

-Mais le coup d’Etat de 2013 à Bangui a été un point de bascule ?
Oui en effet. Un an après l’ouverture, a lieu un coup d’Etat avec une invasion de rebelles dans le pays. On est tombé dans une situation terrible. Je dois préciser que peu de temps avant cet événement, l’Etat belge m’avait proposé d’être Consul pour représenter la Belgique en République Centrafricaine. C’était une belle marque de confiance mais lorsqu’a éclaté la rébellion, mon rôle était d’apporter secours et assistance aux citoyens. Il a fallu prendre des décisions très rapidement. Les rebelles étaient aux portes et menaçaient de piller l’hôtel. J’ai alors opté pour une stratégie : j’ai contacté le chef des rebelles et je lui ai proposé de mettre mon hôtel à la disposition de son armée. Mon établissement est devenu leur base militaire. Il fallait chaque jour assurer la restauration pour 400 militaires. L’hôtel était par ailleurs occupé par des institutionnels, représentants des ONG, employés des ambassades… Le chef rebelle s’est auto-proclamé nouveau président du pays dans mon bureau.
-En tant que Consul, vous étiez à ce moment-là très sollicité par la Belgique pour agir ?
Oui car il y avait beaucoup de citoyens belges sur place qui étaient en détresse. Ca tirait jour et nuit des balles, des grenades, des obus…Il y avait beaucoup de pillages et de meurtres. J’ai fait part au chef des rebelles de mon inquiétude pour mes concitoyens et il m’a donné 12 soldats pour aller les aider et les évacuer. Je n’ai jamais imaginé vivre une pareille situation : avec 2 pickups et 12 soldats armés, je suis parti en mission muni d’un gilet pare-balles, pour aller chercher les citoyens belges mais aussi certaines familles françaises et libanaises, et les ramener à l’hôtel. Ce fut la période de ma vie professionnelle la plus extraordinaire, les décisions devaient être prises très rapidement, je vivais sous adrénaline. Toutes les grandes réunions de paix avec les Nations Unies, la France et d’autres pays se sont tenues dans mon bureau et établissement : j’ai rencontré Kofi Annan, François Hollande et d’autres présidents au cours de ces nombreuses démarches et échanges pour la paix. Je suis resté jusqu’en 2015 puis, épuisé physiquement et moralement, j’ai aspiré à retrouver une vie plus calme. J’ai alors été contacté par un bureau de recrutement pour intégrer le groupe Barrière et aider dans une réorganisation et une montée en gamme de leurs hôtels. Puis, j’ai fait également un passage au groupe The Grape Hospitality où j’ai travaillé sur des projets de rénovation d’hôtels situés à Anvers, Louvain La Neuve et à Liège.

-A présent, vous êtes directeur de Villa M à Marseille, c’est pour vous un nouveau défi ?
Oui pour travailler étroitement avec le groupe Pasteur Mutualité, qui voulait investir dans l’hôtellerie. On a travaillé sur une feuille de route et ça a donné naissance à Villa M Marseille : un beau concept hybride lifestyle qui associe hôtellerie, santé préventive, sport et bien-être. Il s’agit d’un hôtel « nouvelle génération » avec des espaces dédiés à des professionnels de santé (médecin, cardiologue, gynécologue…) mais aussi un centre esthétique et Head Spa.
-Avez-vous une devise dans la vie ?
La vie va très vite, il faut garder sa positivité, l’envie, l’énergie et surtout la passion à tous les niveaux





